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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 10:48

Exposé fait à Noroit (Arras) en janvier 1972 et paru dans Les temps modernes, 318, janvier 1973, pp. 1292-1309. Repris in Questions de sociologie, Paris, Les Éditions de Minuit, 1984, pp. 222-235.

 

Je voudrais préciser d'abord que mon propos n'est pas de dénoncer de façon mécanique et facile les sondages d'opinion, mais de procéder à une analyse rigoureuse de leur fonctionnement et de leurs fonctions. Ce qui suppose que l'on mette en question les trois postulats qu'ils engagent implicitement. Toute enquête d'opinion suppose que tout le monde peut avoir une opinion ; ou, autrement dit, que la production d'une opinion est à la portée de tous. Quitte à heurter un sentiment naïvement démocratique, je contesterai ce premier postulat. Deuxième postulat : on suppose que toutes les opinions se valent. Je pense que l'on peut démontrer qu'il n'en est rien et que le fait de cumuler des opinions qui n'ont pas du tout la même force réelle conduit à produire des artefacts dépourvus de sens. Troisième postulat implicite : dans le simple fait de poser la même question à tout le monde se trouve impliquée l'hypothèse qu'il y a un consensus sur les problèmes, autrement dit qu'il y a un accord sur les questions qui méritent d'être posées. Ces trois postulats impliquent, me semble-t-il, toute une série de distorsions qui s'observent lors même que toutes les conditions de la rigueur méthodologique sont remplies dans la recollection et l'analyse des données.

   On fait très souvent aux sondages d'opinion des reproches techniques. Par exemple, on met en question la représentativité des échantillons. Je pense que dans l'état actuel des moyens utilisés par les offices de production de sondages, l'objection n'est guère fondée. On leur reproche aussi de poser des questions biaisées ou plutôt de biaiser les questions dans leur formulation : cela est déjà plus vrai et il arrive souvent que l'on induise la réponse à travers la façon de poser la question. Ainsi, par exemple, transgressant le précepte élémentaire de la construction d'un questionnaire qui exige qu'on « laisse leurs chances » à toutes les réponses possibles, on omet fréquemment dans les questions ou dans les réponses proposées une des options possibles, ou encore on propose plusieurs fois la même option sous des formulations différentes. Il y a toutes sortes de biais de ce type et il serait intéressant de s'interroger sur les conditions sociales d'apparition de ces biais. La plupart du temps ils tiennent aux conditions dans lesquelles travaillent les gens qui produisent les questionnaires. Mais ils tiennent surtout au fait que les problématiques que fabriquent les instituts de sondages d'opinion sont subordonnées à une demande d'un type particulier. Ainsi, ayant entrepris l'analyse d'une grande enquête nationale sur l'opinion des Français concernant le système d'enseignement, nous avons relevé, dans les archives d'un certain nombre de bureaux d'études, toutes les questions concernant l'enseignement. Ceci nous a fait voir que plus de deux cents questions sur le système d'enseignement ont été posées depuis Mai 1968, contre moins d'une vingtaine entre 1960 et 1968. Cela signifie que les problématiques qui s'imposent à ce type d'organisme sont profondément liées à la conjoncture et dominées par un certain type de demande sociale. La question de l'enseignement par exemple ne peut être posée par un institut d'opinion publique que lorsqu'elle devient un problème politique. On voit tout de suite la différence qui sépare ces institutions des centres de recherches qui engendrent leurs problématiques, sinon dans un ciel pur, en tout cas avec une distance beaucoup plus grande à l'égard de la demande sociale sous sa forme directe et immédiate.

   Une analyse statistique sommaire des questions posées nous a fait voir que la grande majorité d'entre elles étaient directement liées aux préoccupations politiques du « personnel politique ». Si nous nous amusions ce soir à jouer aux petits papiers et si je vous disais d'écrire les cinq questions qui vous paraissent les plus importantes en matière d'enseignement, nous obtiendrions sûrement une liste très différente de celle que nous obtenons en relevant les questions qui ont été effectivement posées par les enquêtes d'opinion. La question : « Faut-il introduire la politique dans les lycées ? » (ou des variantes) a été posée très souvent, tandis que la question : « Faut-il modifier les programmes ? » ou « Faut-il modifier le mode de transmission des contenus ? » n'a que très rarement été posée. De même : « Faut-il recycler les enseignants ? ». Autant de questions qui sont très importantes, du moins dans une autre perspective.

   Les problématiques qui sont proposées par les sondages d'opinion sont subordonnées à des intérêts politiques, et cela commande très fortement à la fois la signification des réponses et la signification qui est donnée à la publication des résultats. Le sondage d'opinion est, dans l'état actuel, un instrument d'action politique ; sa fonction la plus importante consiste peut-être à imposer l'illusion qu'il existe une opinion publique comme sommation purement additive d'opinions individuelles ; à imposer l'idée qu'il existe quelque chose qui serait comme la moyenne des opinions ou l'opinion moyenne. L'« opinion publique » qui est manifestée dans les premières pages de journaux sous la forme de pourcentages (60 % des Français sont favorables à...), cette opinion publique est un artefact pur et simple dont la fonction est de dissimuler que l'état de l'opinion à un moment donné du temps est un système de forces, de tensions et qu’il n’est rien de plus inadéquat pour représenter l'état de l'opinion qu'un pourcentage.

   On sait que tout exercice de la force s'accompagne d'un discours visant à légitimer la force de celui qui l'exerce ; on peut même dire que le propre de tout rapport de force, c'est de n'avoir toute sa force que dans la mesure où il se dissimule comme tel. Bref, pour parler simplement, l'homme politique est celui qui dit : « Dieu est avec nous ». L'équivalent de « Dieu est avec nous », c'est aujourd'hui « l'opinion publique est avec nous ». Tel est l'effet fondamental de l'enquête d'opinion : constituer l'idée qu'il existe une opinion publique unanime, donc légitimer une politique et renforcer les rapports de force qui la fondent ou la rendent possible.

   Ayant dit au commencement ce que je voulais dire à la fin, je vais essayer d'indiquer très rapidement quelles sont les opérations par lesquelles on produit cet effet de consensus. La première opération, qui a pour point de départ le postulat selon lequel tout le monde doit avoir une opinion, consiste à ignorer les non-réponses. Par exemple vous demandez aux gens : « Êtes-vous favorable au gouvernement Pompidou ? » Vous enregistrez 30 % de non-réponses, 20 % de oui, 50 % de non. Vous pouvez dire : la part des gens défavorables est supérieure à la part des gens favorables et puis il y a ce résidu de 30 %. Vous pouvez aussi recalculer les pourcentages favorables et défavorables en excluant les non-réponses. Ce simple choix est une opération théorique d'une importance fantastique sur laquelle je voudrais réfléchir avec vous.

   Éliminer les non-réponses, c'est faire ce qu'on fait dans une consultation électorale où il y a des bulletins blancs ou nuls ; c'est imposer à l'enquête d'opinion la philosophie implicite de l'enquête électorale. Si l'on regarde de plus près, on observe que le taux des non-réponses est plus élevé d'une façon générale chez les femmes que chez les hommes, que l'écart entre les femmes et les hommes est d'autant plus élevé que les problèmes posés sont d'ordre plus proprement politique. Autre observation : plus une question porte sur des problèmes de savoir, de connaissance, plus l'écart est grand entre les taux de non-réponses des plus instruits et des moins instruits. À l'inverse, quand les questions portent sur les problèmes éthiques, les variations des non-réponses selon le niveau d'instruction sont faibles (exemple : « Faut-il être sévère avec les enfants ? »). Autre observation : plus une question pose des problèmes conflictuels, porte sur un nœud de contradictions (soit une question sur la situation en Tchécoslovaquie pour les gens qui votent communiste), plus une question est génératrice de tensions pour une catégorie déterminée, plus les non-réponses sont fréquentes dans cette catégorie. En conséquence, la simple analyse statistique des non-réponses apporte une information sur ce que signifie la question et aussi sur la catégorie considérée, celle-ci étant définie autant par la probabilité qui lui est attachée d'avoir une opinion que par la probabilité conditionnelle d'avoir une opinion favorable ou défavorable.

   L'analyse scientifique des sondages d'opinion montre qu'il n'existe pratiquement pas de problème omnibus ; pas de question qui ne soit réinterprétée en fonction des intérêts des gens à qui elle est posée, le premier impératif étant de se demander à quelle question les différentes catégories de répondants ont cru répondre. Un des effets les plus pernicieux de l'enquête d'opinion consiste précisément à mettre les gens en demeure de répondre à des questions qu'ils ne se sont pas posées. Soit par exemple les questions qui tournent autour des problèmes de morale, qu'il s'agisse des questions sur la sévérité des parents, les rapports entre les maîtres et les élèves, la pédagogie directive ou non directive, etc., problèmes qui sont d'autant plus perçus comme des problèmes éthiques qu'on descend davantage dans la hiérarchie sociale, mais qui peuvent être des problèmes politiques pour les classes supérieures : un des effets de l'enquête consiste à transformer des réponses éthiques en réponses politiques par le simple effet d'imposition de problématique.

   En fait, il y a plusieurs principes à partir desquels on peut engendrer une réponse. Il y a d'abord ce qu'on peut appeler la compétence politique par référence à une définition à la fois arbitraire et légitime, c'est-à-dire dominante et dissimulée comme telle, de la politique. Cette compétence politique n'est pas universellement répandue. Elle varie grosso modo comme le niveau d'instruction. Autrement dit, la probabilité d'avoir une opinion sur toutes les questions supposant un savoir politique est assez comparable à la probabilité d'aller au musée. On observe des écarts fantastiques : là où tel étudiant engagé dans un mouvement gauchiste perçoit quinze divisions à gauche du PSU, pour un cadre moyen il n'y a rien. Dans l'échelle politique (extrême-gauche, gauche, centre-gauche, centre, centre-droit, droite, extrême-droite, etc.) que les enquêtes de « science politique » emploient comme allant de soi, certaines catégories sociales utilisent intensément un petit coin de l'extrême-gauche ; d'autres utilisent uniquement le centre, d'autres utilisent toute l'échelle. Finalement une élection est l'agrégation d'espaces tout à fait différents ; on additionne des gens qui mesurent en centimètres avec des gens qui mesurent en kilomètres, ou, mieux, des gens qui notent de 0 à 20 et des gens qui notent entre 9 et 11. La compétence se mesure entre autres choses au degré de finesse de perception (c'est la même chose en esthétique, certains pouvant distinguer les cinq ou six manières successives d'un seul peintre).

   Cette comparaison peut être poussée plus loin. En matière de perception esthétique, il y a d'abord une condition permissive : il faut que les gens pensent l'œuvre d'art comme une œuvre d'art ; ensuite, l'ayant perçue comme œuvre d'art, il faut qu'ils aient des catégories de perception pour la construire, la structurer, etc. Supposons une question formulée ainsi : « Êtes-vous pour une éducation directive ou une éducation non directive ? » Pour certains, elle peut être constituée comme politique, la représentation des rapports parents-enfants s'intégrant dans une vision systématique de la société ; pour d'autres, c'est une pure question de morale. Ainsi le questionnaire que nous avons élaboré et dans lequel nous demandons aux gens si, pour eux, c'est de la politique ou non de faire la grève, d'avoir les cheveux longs, de participer à un festival pop, etc., fait apparaître des variations très grandes selon les classes sociales. La première condition pour répondre adéquatement à une question politique est donc d'être capable de la constituer comme politique ; la deuxième, l'ayant constituée comme politique, est d'être capable de lui appliquer des catégories proprement politiques qui peuvent être plus ou moins adéquates, plus ou moins raffinées, etc. Telles sont les conditions spécifiques de production des opinions, celles que l'enquête d'opinion suppose universellement et uniformément remplies avec le premier postulat selon lequel tout le monde peut produire une opinion.

   Deuxième principe à partir duquel les gens peuvent produire une opinion, ce que j'appelle l'« ethos de classe » (pour ne pas dire « éthique de classe »), c'est-à-dire un système de valeurs implicites que les gens ont intériorisées depuis l'enfance et à partir duquel ils engendrent des réponses à des problèmes extrêmement différents. Les opinions que les gens peuvent échanger à la sortie d'un match de football entre Roubaix et Valenciennes doivent une grande partie de leur cohérence, de leur logique, à l’ethos de classe. Une foule de réponses qui sont considérées comme des réponses politiques, sont en réalité produites à partir de l'ethos de classe et du même coup peuvent revêtir une signification tout à fait différente quand elles sont interprétées sur le terrain politique. Là, je dois faire référence à une tradition sociologique, répandue surtout parmi certains sociologues de la politique aux États-Unis, qui parlent très communément d'un conservatisme et d'un autoritarisme des classes populaires. Ces thèses sont fondées sur la comparaison internationale d'enquêtes ou d'élections qui tendent à montrer que chaque fois que l'on interroge les classes populaires, dans quelque pays que ce soit, sur des problèmes concernant les rapports d'autorité, la liberté individuelle, la liberté de la presse, etc., elles font des réponses plus « autoritaires » que les autres classes ; et on en conclut globalement qu'il y a un conflit entre les valeurs démocratiques (chez l'auteur auquel je pense, Lipset, il s'agit des valeurs démocratiques américaines) et les valeurs qu'ont intériorisées les classes populaires, valeurs de type autoritaire et répressif. De là, on tire une sorte de vision eschatologique : élevons le niveau de vie, élevons le niveau d'instruction et, puisque la propension à la répression, à l'autoritarisme, etc., est liée aux bas revenus, aux bas niveaux d'instruction, etc., nous produirons ainsi de bons citoyens de la démocratie américaine. À mon sens ce qui est en question, c'est la signification des réponses à certaines questions. Supposons un ensemble de questions du type suivant : Êtes-vous favorable à l'égalité entre les sexes ? Êtes-vous favorable à la liberté sexuelle des conjoints ? Êtes-vous favorable à une éducation non répressive ? Êtes-vous favorable à la nouvelle société ? etc. Supposons un autre ensemble de questions du type : Est-ce que les professeurs doivent faire la grève lorsque leur situation est menacée?  Les enseignants doivent-ils être solidaires avec les autres fonctionnaires dans les périodes de conflit social ? etc. Ces deux ensembles de questions donnent des réponses de structure strictement inverse sous le rapport de la classe sociale : le premier ensemble de questions, qui concerne un certain type de novation dans les rapports sociaux, dans la forme symbolique des relations sociales, suscite des réponses d'autant plus favorables que l'on s'élève dans la hiérarchie sociale et dans la hiérarchie selon le niveau d'instruction ; inversement, les questions qui portent sur les transformations réelles des rapports de force entre les classes suscitent des réponses de plus en plus défavorables à mesure qu'on s'élève dans la hiérarchie sociale.

   Bref, la proposition « Les classes populaires sont répressives » n'est ni vraie ni fausse. Elle est vraie dans la mesure où, devant tout un ensemble de problèmes comme ceux qui touchent à la morale domestique, aux relations entre les générations ou entre les sexes, les classes populaires ont tendance à se montrer beaucoup plus rigoristes que les autres classes sociales. Au contraire, sur les questions de structure politique, qui mettent en jeu la conservation ou la transformation de l'ordre social, et non plus seulement la conservation ou la transformation des modes de relation entre les individus, les classes populaires sont beaucoup plus favorables à la novation, c'est-à-dire à une transformation des structures sociales. Vous voyez comment certains des problèmes posés en Mai 1968, et souvent mal posés, dans le conflit entre le parti communiste et les gauchistes, se rattachent très directement au problème central que j'ai essayé de poser ce soir, celui de la nature des réponses, c'est-à-dire du principe à partir duquel elles sont produites. L'opposition que j'ai faite entre ces deux groupes de questions se ramène en effet à l'opposition entre deux principes de production des opinions : un principe proprement politique et un principe éthique, le problème du conservatisme des classes populaires étant le produit de l'ignorance de cette distinction.

   L'effet d'imposition de problématique, effet exercé par toute enquête d'opinion et par toute interrogation politique (à commencer par l'électorale), résulte du fait que les questions posées dans une enquête d'opinion ne sont pas des questions qui se posent réellement à toutes les personnes interrogées et que les réponses ne sont pas interprétées en fonction de la problématique par rapport à laquelle les différentes catégories de répondants ont effectivement répondu. Ainsi la problématique dominante, dont la liste des questions posées depuis deux ans par les instituts de sondage fournit une image, c'est-à-dire la problématique qui intéresse essentiellement les gens qui détiennent le pouvoir et qui entendent être informés sur les moyens d'organiser leur action politique, est très inégalement maîtrisée par les différentes classes sociales. Et, chose importante, celles-ci sont plus ou moins aptes à produire une contre-problématique. À propos du débat télévisé entre Servan-Schreiber et Giscard d'Estaing, un institut de sondages d'opinion avait posé des questions du type : « Est-ce que la réussite scolaire est fonction des dons, de l'intelligence, du travail, du mérite ? » Les réponses recueillies livrent en fait une information (ignorée de ceux qui les produisaient) sur le degré auquel les différentes classes sociales ont conscience des lois de la transmission héréditaire du capital culturel : l'adhésion au mythe du don et de l'ascension par l'école, de la justice scolaire, de l'équité de la distribution des postes en fonction des titres, etc., est très forte dans les classes populaires. La contre-problématique peut exister pour quelques intellectuels mais elle n'a pas de force sociale bien qu'elle ait été reprise par un certain nombre de partis, de groupes. La vérité scientifique est soumise aux mêmes lois de diffusion que l'idéologie. Une proposition scientifique, c'est comme une bulle du pape sur la régulation des naissances, ça ne prêche que les convertis.

   On associe l'idée d'objectivité dans une enquête d'opinion au fait de poser la question dans les termes les plus neutres afin de donner toutes les chances à toutes les réponses. En réalité, l'enquête d'opinion serait sans doute plus proche de ce qui se passe dans la réalité si, transgressant complètement les règles de l'« objectivité », on donnait aux gens les moyens de se situer comme ils se situent réellement dans la pratique réelle, c'est-à-dire par rapport à des opinions déjà formulées ; si, au lieu de dire par exemple « II y a des gens favorables à la régulation des naissances, d'autres qui sont défavorables ; et vous ?... », on énonçait une série de prises de positions explicites de groupes mandatés pour constituer les opinions et les diffuser, de façon que les gens puissent se situer par rapport à des réponses déjà constituées. On parle communément de « prises de position » ; il y a des positions qui sont déjà prévues et on les prend. Mais on ne les prend pas au hasard. On prend les positions que l'on est prédisposé à prendre en fonction de la position que l'on occupe dans un certain champ. Une analyse rigoureuse vise à expliquer les relations entre la structure des positions à prendre et la structure du champ des positions objectivement occupées.

   Si les enquêtes d'opinion saisissent très mal les états virtuels de l'opinion et plus exactement les mouvements d'opinion, c'est, entre autres raisons, que la situation dans laquelle elles appréhendent les opinions est tout à fait artificielle. Dans les situations où se constitue l'opinion, en particulier les situations de crise, les gens sont devant des opinions constituées, des opinions soutenues par des groupes, en sorte que choisir entre des opinions, c'est très évidemment choisir entre des groupes. Tel est le principe de l'effet de politisation que produit la crise : il faut choisir entre des groupes qui se définissent politiquement et définir de plus en plus de prises de position en fonction de principes explicitement politiques. En fait, ce qui me paraît important, c'est que l'enquête d'opinion traite l'opinion publique comme une simple somme d'opinions individuelles, recueillies dans une situation qui est au fond celle de l'isoloir, où l'individu va furtivement exprimer dans l'isolement une opinion isolée. Dans les situations réelles, les opinions sont des forces et les rapports d'opinions sont des conflits de force entre des groupes.

   Une autre loi se dégage de ces analyses : on a d'autant plus d'opinions sur un problème que l'on est plus intéressé par ce problème, c'est-à-dire que l'on a plus intérêt à ce problème. Par exemple sur le système d'enseignement, le taux de réponses est très intimement lié au degré de proximité par rapport au système d'enseignement, et la probabilité d'avoir une opinion varie en fonction de la probabilité d'avoir du pouvoir sur ce à propos de quoi on opine. L'opinion qui s'affirme comme telle, spontanément, c'est l'opinion des gens dont l'opinion a du poids, comme on dit. Si un ministre de l'Éducation nationale agissait en fonction d'un sondage d'opinion (ou au moins à partir d'une lecture superficielle du sondage), il ne ferait pas ce qu'il fait lorsqu'il agit réellement comme un homme politique, c'est-à-dire à partir des coups de téléphone qu'il reçoit, de la visite de tel responsable syndical, de tel doyen, etc. En fait, il agit en fonction de ces forces d'opinion réellement constituées qui n'affleurent à sa perception que dans la mesure où elles ont de la force et où elles ont de la force parce qu'elles sont mobilisées.

   S'agissant de prévoir ce que va devenir l'Université dans les dix années prochaines, je pense que l'opinion mobilisée constitue la meilleure base. Toutefois, le fait, attesté par les non-réponses, que les dispositions de certaines catégories n'accèdent pas au statut d'opinion, c'est-à-dire de discours constitué prétendant à la cohérence, prétendant à être entendu, à s'imposer, etc., ne doit pas faire conclure que, dans des situations de crise, les gens qui n'avaient aucune opinion choisiront au hasard : si le problème est politiquement constitué pour eux (problèmes de salaire, de cadence de travail pour les ouvriers), ils choisiront en termes de compétence politique ; s'il s'agit d'un problème qui n'est pas constitué politiquement pour eux (répressivité dans les rapports à l'intérieur de l'entreprise) ou s'il est en voie de constitution, ils seront guidés par le système de dispositions profondément inconscient qui oriente leurs choix dans les domaines les plus différents, depuis l'esthétique ou le sport jusqu'aux préférences économiques. L'enquête d'opinion traditionnelle ignore à la fois les groupes de pression et les dispositions virtuelles qui peuvent ne pas s'exprimer sous forme de discours explicite. C'est pourquoi elle est incapable d'engendrer la moindre prévision raisonnable sur ce qui se passerait en situation de crise.

   Supposons un problème comme celui du système d'enseignement. On peut demander : « Que pensez-vous de la politique d'Edgar Faure ? » C'est une question très voisine d'une enquête électorale, en ce sens que c'est la nuit où toutes les vaches sont noires : tout le monde est d'accord grosso modo sans savoir sur quoi ; on sait ce que signifiait le vote à l'unanimité de la loi Faure à l'Assemblée nationale. On demande ensuite : « Êtes-vous favorable à l'introduction de la politique dans les lycées ? » Là, on observe un clivage très net. Il en va de même lorsqu'on demande : « Les professeurs peuvent-ils faire grève ? » Dans ce cas, les membres des classes populaires, par un transfert de leur compétence politique spécifique, savent quoi répondre. On peut encore demander : « Faut-il transformer les programmes ? Êtes-vous favorable au contrôle continu ? Êtes-vous favorable à l'introduction des parents d'élèves dans les conseils des professeurs ? Êtes-vous favorable à la suppression de l'agrégation ? etc. » Sous la question « êtes-vous favorable à Edgar Faure ? », il y avait toutes ces questions et les gens ont pris position d'un coup sur un ensemble de problèmes qu'un bon questionnaire ne pourrait poser qu'au moyen d'au moins soixante questions à propos desquelles on observerait des variations dans tous les sens. Dans un cas les opinions seraient positivement liées à la position dans la hiérarchie sociale, dans l'autre, négativement, dans certains cas très fortement, dans d'autres cas faiblement, ou même pas du tout. Il suffit de penser qu'une consultation électorale représente la limite d'une question comme « êtes-vous favorable à Edgar Faure ? » pour comprendre que les spécialistes de sociologie politique puissent noter que la relation qui s'observe habituellement, dans presque tous les domaines de la pratique sociale, entre la classe sociale et les pratiques ou les opinions, est très faible quand il s'agit de phénomènes électoraux, à tel point que certains n'hésitent pas à conclure qu'il n'y a aucune relation entre la classe sociale et le fait de voter pour la droite ou pour la gauche. Si vous avez à l'esprit qu'une consultation électorale pose en une seule question syncrétique ce qu'on ne pourrait raisonnablement saisir qu'en deux cents questions, que les uns mesurent en centimètres, les autres en kilomètres, que la stratégie des candidats consiste à mal poser les questions et à jouer au maximum sur la dissimulation des clivages pour gagner les voix qui flottent, et tant d'autres effets, vous concluerez qu'il faut peut-être poser à l'envers la question traditionnelle de la relation entre le vote et la classe sociale et se demander comment il se fait que l'on constate malgré tout une relation, même faible ; et s'interroger sur la fonction du système électoral, instrument qui, par sa logique même, tend à atténuer les conflits et les clivages. Ce qui est certain, c'est qu'en étudiant le fonctionnement du sondage d'opinion, on peut se faire une idée de la manière dont fonctionne ce type particulier d'enquête d'opinion qu'est la consultation électorale et de l'effet qu'elle produit.

   Bref, j'ai bien voulu dire que l'opinion publique n'existe pas, sous la forme en tout cas que lui prêtent ceux qui ont intérêt à affirmer son existence. J'ai dit qu'il y avait d'une part des opinions constituées, mobilisées, des groupes de pression mobilisés autour d'un système d'intérêts explicitement formulés ; et d'autre part, des dispositions qui, par définition, ne sont pas opinion si l'on entend par là, comme je l'ai fait tout au long de cette analyse, quelque chose qui peut se formuler en discours avec une certaine prétention à la cohérence. Cette définition de l'opinion n'est pas mon opinion sur l'opinion. C'est simplement l'explicitation de la définition que mettent en œuvre les sondages d'opinion en demandant aux gens de prendre position sur des opinions formulées et en produisant, par simple agrégation statistique d'opinions ainsi produites, cet artefact qu'est l'opinion publique. Je dis simplement que l'opinion publique dans l'acception implicitement admise par ceux qui font des sondages d'opinion ou ceux qui en utilisent les résultats, je dis simplement que cette opinion-là n'existe pas.

http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http://www.homme-moderne.org/societe/socio/bourdieu/questions/opinionpub.html&title=lire%20en%20ligne

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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 17:28

http://images.imagehotel.net/3bfrh4n2m0.jpgJe ne vois pas ce qu’il y a de social dans la TVA sociale ! En effet, comment une taxe qui touche tout le monde peut-elle être sociale ?
Quoique oui, en fait, c'est du social : car social, veut dire "qui va dans un sens bénéfique envers la société".
Or, le mot "société" peut avoir deux sens :
- il peut représenter le peuple et les basses classes, quand on met l'article "la" devant.
- mais ça peut être aussi, une entreprise, quand on met l'article "une" devant.
 

J'ai l'impression que Nicolas Sarkozy joue beaucoup sur les mots, dans ses promesses ...

Bref, j’ai toujours cru qu’en politique, le terme « social » se rapportait à quelque chose qui a pour but d'améliorer les conditions de vie des personnes les plus défavorisées.
Avec la création de la TVA sociale, j’ai pensé un moment que le gouvernement allait, en quelques sortes,  appliquer un système de mutualité (comme cela existe déjà dans des pays que je ne citerais point, car trop tabous pour les esprits conventionnels, où les prix de vente sont variables selon les ressources des acheteurs).
Rappelons au passage que : « Mutualité = Système de solidarité sociale fondé sur l'entraide réciproque des membres qui cotisent ».
Trouvant cela étrange de la part d’un gouvernement de droite, je me suis donc renseigné sur ce qu’était vraiment ce concept, que j’avais du mal à cerner, et qui nous arrive sans préavis : la TVA sociale.
Et voici ce que j’ai trouvé : 
« A la base, le principe est simple: financer en partie la sécurité sociale par une taxe sur la consommation, dont l'assiette est plus large que celle des salaires. En contrepartie, les cotisations des entreprises sont abaissées. Le patronat évoque par exemple une hausse du taux de TVA à 22% - contre 19,6 actuellement pour le taux normal - compensée par une baisse des cotisations employeurs de 3,5 points ».
Heu, pincez-moi, là, je crois que j’ai pas bien compris ! Attendez, je relis …
Ben non, je ne me suis pas trompé, comme Laurent Fabius l’a habilement ironisé le projet de « TVA antisociale » vise à « financer les avantages fiscaux de quelques-uns par une ponction sur l’ensemble de la population ».
C’était donc ça : le terme « social » associé à cette TVA, c’est parce qu’elle allait servir à financer la sécurité sociale !

Bon pour ceux qui souhaitent des détails sur l’arnaque en question : http://www.elunet.org/spip.php?article20716

 

http://forget.e-monsite.com/pages/content/a-publier/la-tva-sociale-pour-les-nuls.html

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 19:15

Après la taxe sur les complémentaires, les déremboursements, l’instauration de forfaits et franchises, les ponctions sur le budget de l’assurance maladie, la diminution des prestations sociales, le recul de l’âge de la retraite, la pression sur les collectivités locales pour diminuer les services publics, le gouvernement s’en prend aux salariés malades, potentiellement « fraudeurs » et « responsables des déficits publics », et en distillant des petites phrases, tente d’opposer les uns aux autres… Cette cure d’austérité augmente de 325€ par an les dépenses d’un Smicard, tandis que les riches récupèrent 2 300 millions d’euros par la baisse de l’impôt de solidarité sur la fortune, le fameux ISF.

Les inégalités augmentent, ce n’est pas un scoop, c’est le rapport officiel de l’Insee qui le dit : près de la moitié de la population a perdu du pouvoir d’achat, tandis que celui des 10% n’a cessé d’augmenter. Depuis 1998, 1% des plus riches a bénéficié chaque année de +5,2% de revenus. Pas étonnant que les yachts et résidences de luxe trouvent des acheteurs. Cette inégalité des revenus s’est complétée d’une inégalité de la politique fiscale : plus on est riche, individus et entreprises, moins on paie, grâce aux cadeaux fiscaux. Ainsi en France, un récent rapport parlementaire de l’UMP (Carrez) chiffre à 100 milliards d’euros en 2010 le coût des baisses d’impôts consenties entre 2000 et 2010.

Les riches sont tellement riches qu’ils ne savent plus comment dépenser. Ils n’investissent plus dans les entreprises, qui ferment et licencient, car le profit est moins important que sur les marchés financiers. Depuis près de 30 ans, les richesses produites vont de moins en moins vers les salaires et de plus en plus vers les profits, et alimente la spéculation. Tout cela par la volonté des marchés financiers. Ils font et défont les gouvernements, imposent l’austérité dans toute l’Europe… qui réduit l’activité économique… ce qui va encore diminuer les recettes des États et augmenter leur déficit et leur dette… ce qui va justifier de nouvelles mesures d’austérité…. Si nous laissons faire, nous allons droit à la récession économique qui entrainera l’accroissement de la pauvreté et une nouvelle aggravation des inégalités

Les pauvres sont tellement dépolitisés qu’ils ne savent plus pour qui voter …. Ils pensent que Sarko représente la France profonde, et que Le Pen est proche des classes populaires ou vise versa. Ils pensent que Bayrou est social et qu’ Hollande est de gauche ou vise versa. Enfin bref, ils ne savent plus quoi penser. Ils ont tellement cru aux promesses des uns et des autres. Par contre ils ne croient pas aux discours de ceux qui leur disent qu’il faut augmenter les salaires, que la politique ne doit pas être un métier, ou qu’il faut exproprier les banques et ne pas payer la dette : ceux qui n’ont pas tenu leurs promesses les ont formater par leur discours et les médias pour qu’ils n’aient plus aucune envie de sortir du système !

Dans les entreprises, des patrons ont même expliqué, que par rapport aux patrons américains ils n’étaient pas assez payés, pour ensuite expliquer à leur salariés qu’eux même étaient trop payés par rapport aux ouvriers chinois ! Pour oser dire cela, il faut être sûr que la propagande a endormi toute velléité de contestation. Faut dire que l’on formate les esprits dés le plus jeune âge, un socialiste de gauche, ou de droite, je ne sais plus, a un jour déclaré : « dans les écoles il faut que les profs connaissent et aiment l’entreprise, car l’entreprise n’est ni de gauche, ni de droite ». Brave gens dormez tranquille, le capital veille sur vous ! Amen !

Publié sur Conscience Citoyenne Responsable

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 16:34

L’économie française entre en récession. Cela signifie une nouvelle dégradation des revenus et des conditions de vie pour tous – sauf pour la minorité capitaliste qui en est responsable. La « construction » de l’Europe capitaliste était finalement la destruction progressive des conquêtes sociales du mouvement ouvrier, en France et ailleurs. Après toutes les contre-réformes et tous les sacrifices imposés aux travailleurs depuis de nombreuses années, sous prétexte de « garantir la croissance », on se retrouve avec une baisse absolue de la production  ! Dans pratiquement toutes les branches de l’économie, l’heure est à la « décroissance ».

C’est particulièrement vrai dans le secteur industriel. La désindustrialisation de la France, entamée de longue date, s’est fortement accélérée. Selon Les Echos, près de 900 usines ont disparu en trois ans, dont 200 en 2011. Les capitalistes retirent leur argent – obtenu, comme on le sait, sur le dos des travailleurs – pour le placer ailleurs. L’emploi ne les intéresse pas, puisqu’ils ne travaillent pas. Seul le profit compte pour eux. Le recul de l’emploi dans le secteur industriel ne date pas d’hier. Entre 2000 et 2010, la rapacité capitaliste a détruit 500 000 postes. Mais le phénomène connaît une nette accélération, et ce avant que les conséquences de la récession actuelle ne se fassent sentir.

La hausse du chômage fait basculer des centaines de milliers de foyers dans la pauvreté. Le SMIC est à peine 15 % au-dessus du seuil de pauvreté. En conséquence, des millions de foyers se retrouvent sous ce seuil dès lors que l’un des adultes est au chômage, même si l’autre travaille. Environ 45 % des « travailleurs pauvres » gagnent le SMIC à temps plein. Les autres ont des CDD à répétition, des contrats de saisonniers, des temps partiels imposés, des contrats aidés ou font de l’intérim à la journée, etc. Nous n’avons pas de statistiques fiables sur l’ampleur actuelle de ce désastre social. Mais selon l’Observatoire des inégalités, près de 4 millions de personnes vivent dans un ménage pauvre dont le chef de famille dispose d’un emploi, en tenant compte de l’ensemble des ressources. Qu’en sera-t-il en 2012 et 2013, sous l’impact de la récession ? Quand on ajoute les chômeurs à cette masse de salariés pauvres, dans un contexte de récession économique, on commence à se faire une idée de l’ampleur de la catastrophe sociale dont le capitalisme est responsable.

Sous le capitalisme, seul le profit privé justifie l’investissement. L’industrie et l’ensemble de l’économie, ainsi que le niveau de vie de la masse de la population, sont suspendus à la « confiance » des milieux capitalistes. Confiance en quoi ? En leurs perspectives d’enrichissement personnel. Pour assurer cet enrichissement, le reste de la société est condamné à s’appauvrir. L’Etat est ruiné. L’argent manque pour l’éducation, pour la santé, pour les retraites, pour le logement, pour tout ce qui concourt, en somme, à l’intérêt public, à une existence civilisée et digne. Et cette crise des finances publiques coexiste avec l’accumulation de fortunes personnelles colossales. Prenons quelques exemples, en gardant à l’esprit que le budget de l’Education Nationale est de l’ordre de 45 milliards d’euros – et le déficit public annuel d’environ 150 milliards. La fortune personnelle de Bernard Arnault (LVMH) est de 21 milliards, celle de la famille Mulliez aussi. Bettencourt a 18 milliards, la famille Puech (Hermes) 12 milliards, la famille Pinault (PPR) 8 milliards. Nous pourrions allonger la liste. Mais il doit être évident pour tout le monde que la classe qui, grâce à la propriété privée des moyens de production et l’exploitation des travailleurs, possède les moyens de régler les problèmes financiers de l’Etat n’est autre que la classe capitaliste. Cette classe doit être expropriée dans l’intérêt public. Mais l’abolition du capitalisme ne signifie pas seulement l’abolition des privilèges. Cela signifie avant tout la possibilité d’organiser la société rationnellement, dans l’intérêt de tous. Au lieu d’être des machines tournées contre les intérêts fondamentaux de la majorité, l’économie et l’appareil gouvernemental doivent être sous son contrôle et à son service.


Vous pouvez vous abonner en ligne (ci-dessous) ou par courrier postal en envoyant un chèque (de 20 ou 30 euros) et vos coordonnées à :
La Riposte
BP 80378
75869 Paris cedex 18.

http://www.lariposte.com/fortunes-privees-et-ruine-publique,1727.html

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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 11:05

Comme chacun sait, des élections présidentielles auront normalement lieu en France en 2012. Je dis ’normalement’ car comme chacun le sait aussi avec ’la crise’, celle qu’on nomme désormais sans l’affubler d’un attribut temporel ou qualificatif, rien n’est jamais certain. En attendant, nombreux sont ceux qui, logiquement, s’imaginent que ces élections sont l’occasion de changer les choses... Mais ils se trompent, car la crise n’est pas économique, mais idéologique : elle ne peut donc pas être réglée par des économistes, qu’ils soient de droite ou de gauche.

Il existe bien pourtant deux idéologies qui s’affrontent, mais la démocratie telle qu’elle a été pervertie empêche l’une d’elles d’être représentée : alors que 99 % des peuples du monde devraient être dans la rue pour imposer ensemble leurs volontés de mise en place d’une véritable démocratie, il se trouve toujours une grande majorité qui continue de croire que les élections sont la démocratie, comme si les représentants qu’il élisent défendaient d’autres intérêts que ceux de leur propre classe sociale...

Mais la crise est en train de tout bouleverser. Le retournement du capitalisme provoque une prise de conscience qui sape peu à peu la confiance en un système que des dizaines et des dizaines d’années de propagande et de conditionnement avaient réussi à insuffler dans nos cerveaux plastiques. Les injustices du système capitaliste se font plus visibles à mesure que la crise oblige les véritables ’maîtres du monde’ à se montrer au grand jour, et le bilan mondialisé d’un monde toujours plus connectéapparaît dans toute son affreuse réalité : le capitalisme est incapable de réaliser ses objectifs officiels, à savoir la satisfaction de l’intérêt général par la somme de la satisfaction des intérêts particuliers (la fameuse ’main invisible’). Et le bilan est désastreux : un milliard d’individus qui ne mangent pas à leur faim, plusieurs autres milliards qui triment du matin jusqu’au soir pour une retraite passée à l’hospice, un planète en danger, la démocratie perdue, des guerres, des famines et des souffrances, voilà où nous a conduit un système dont on n’osait même pas, il n’y a pas si longtemps, remettre en cause la primauté sur les autres systèmes.

La question de la perpétuation du système capitaliste comme modèle de civilisation se trouve ainsi posée de manière prégnante non seulement aux peuples qui souffrent depuis trop longtemps, mais aussi à leurs dirigeants qui risquent de voir leur pouvoir remis en cause (que ce soit par la révolte des peuples ou la dictature des financiers). Et pour y répondre, il va bien falloir revenir à l’idéologie, c’est-à-dire à la problématique de la place de l’homme au sein de la société, ainsi que de sa relation à un écosystème en danger. Les problématiques à résoudre ne sont donc plus d’ordre économique mais bien philosophique, et même si la distinction qui sépare la droite et la gauche institutionnelles n’est plus pertinente, elle existe pourtant dans une réalité détachée des codes imposés par l’illusion démocratique : il y a ceux qui croient que la rareté des ressources a engendré le capitalisme, et ceux qui pensent au contraire que c’est le capitalisme qui a engendré la rareté. C’est sur ce point que s’opposent les deux conceptions qu’on peut avoir du monde, et duquel découlent toutes les autres questions. Les partisans de la première sont les capitalistes, et les seconds sont les [vrais] socialistes.

Dans les capitalistes (les plus nombreux encore aujourd’hui) on retrouve ceux qui imaginent que tous n’ont pas les mêmes droits dans la redistribution des richesses (les capitalistes de droite parmi lesquels on trouve les riches et les classes moyennes désireuses de s’élever), et ceux qui veulent croire en un partage ’plus’ égalitaire de ces ressources limitées (ce sont les capitalistes de gauche, parmi lesquels on trouve les communistes et les écologistes, les décroissants)

Dans les socialistes, on retrouve ceux qui portent l’espoir d’un monde nouveau dans lequel la société serait capable d’augmenter les ressources en fonction des besoins des individus, soit parce que le système capitaliste ne leur permet pas de vivre décemment (les pauvres et les exclus), soit parce qu’ils se sont libérés du conditionnement dont ils étaient victimes (les anti- (et pas alter) mondialistes, les anarchistes et les humanistes) .

En établissant la rareté comme étant à l’origine du système capitaliste et en se basant sur l’injustice prétendue de la génétique (il y a des hommes ’naturellement’ bons et d’autres mauvais, car pour eux l’inné l’emporte sur l’acquis), les vainqueurs de capitalisme ont réussi à justifier leur position tout en imposant aux peuples qu’il exploitentles règles d’un jeu auquel ils espèrent tous gagner, mais auquel tous ne gagneront pas : seuls les plus ’rentables’ deviendront les nouveaux ’élus’, c’est-à-dire ceux qui sauront se soumettre pleinement au jeu de la concurrence et de la maximisation du profit individuel. Pour les autres, ils ne conserveront que l’espoir de récupérer un jour les quelques miettes que leur jettera une certaine ’main invisible’...

Mais si nous admettions nous être trompés, et qu’en réalité ce ne sont ni les ressources qui manquent ni la méchanceté intrinsèque de l’homme qui ont conduit à l’établissement du capitalisme, mais le capitalisme qui a engendré la méchanceté chez l’homme (l’acquis l’emportant sur l’inné) et provoqué l’épuisement des ressources ?

Après des siècles d’un progrès qu’on nous promet toujours pour demain, la recherche du profit a tout détruit, tout sali, tout perverti. La rentabilité a tué le beau et l’utile, affame les peuples et détruit la planète, le capitalisme a engendré la haine entre les hommes et va même jusqu’à les considérer comme de simples marchandises , il a annihilié leur volonté et corrompu leur conscience. Voilà tout ce que le capitalisme est capable de nous sortir en guise de bilan, et voilà ce dont le monde prend conscience aujourd’hui...

Alors qu’en établissant un autre mode de fonctionnement pour nos sociétés, nous nous apercevrions que l’abondance de la Nature est inépuisable dès qu’elle n’est plus contrainte par la recherche du profit. Car si les énergies fossiles sont en quantité limitée, les énergies propres sont infinies : et tant que le soleil brille ou que nous n’avons pas totalement déréglé le climat, tant qu’on pourra encore semer des graines reproductibles, tant que nous n’aurons pas encore pollué toute l’eau pour nos plantations ou que nous n’exterminerons pas toutes les espèces de la faune et de la flore, alors la vie pourra se reproduire indéfiniment...

En nous libérant de l’idéologie capitaliste nous rendrions à nouveau possible l’utilisation de la technologie pour le bien de l’homme au lieu qu’elle serve à son asservissement, nous pourrions alors envisager un monde débarrassé des contraintes du travail pénible, et construire une société non plus fondée sur le profit et la rareté mais sur le partage et l’opulence. Car si la Terre est bien un monde fini, l’univers lui ne l’est pas... enfin il paraît ! mais qu’on en fasse un peu le tour pour vérifier, et nous saurons alors si les capitalistes avaient raison.

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 11:21

L’Europe est en crise, la zone euro vacille et les mesures d’austérité pleuvent, mais pour les patrons européens, c’est business as usual. Une étude du cabinet d’analyse financière Alpha- Value révèle que leur rémunération moyenne a grimpé de 17 % en 2010. L’organisme a étudié les informations publiées par 460 sociétés cotées dans dix-sept pays européens. Résultat : 93 patrons d’entreprises françaises ont vu leur salaire augmenter de 21 % en 2010 soit, en moyenne, 2 millions d’euros annuels… Comment  ? D’abord grâce à l’argent public des plans de relance de 2010 qui ont dopé certains domaines d’activité. Un des grands gagnants de ces mesures étant le secteur de l’automobile (la prime à la casse en France) : les salaires des patrons y ont aussi augmenté de 225 % en moyenne en 2010… Autre secteur bichonné : la banque (+ 12,5 %). La palme revenant aux Anglais. : chez Barclays, le salaire du PDG a fait un bond de 1.700 % !

 

http://www.regards.fr/economie/pas-d-austerite-pour-les-patrons

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 11:32

Serge Dassault s’est contenté de naître. A part des avions à réaction pour milliardaires, l’homme-Dassault vend des armes volantes. L’Etat demeure son seul client. Dassault dépend totalement de l’Etat. En effet, pas le moindre émirat pour acheter son avion phare, le Rafale, pas même un pays émergent, genre Brésil. Personne !


Alors l’Etat Sarkozy, bonne fille, éponge l’excédent au frais des contribuables en achetant des escadrilles supplémentaires du chasseur bombardier. Rien de plus urgent… Mais toujours pas suffisant pour combler d’aise et de profits Dassault fils ! Du coup, il y a quelques semaines, Sarkozy choisit, au hasard Balthazar… Dassault pour fournir l’armée de l’Air en Drones, ces avions de guerre sans pilote (cf. photo).

Pourquoi parler de tout ça, alors qu’en ce 2 janvier le pays réel est partagé entre la GDB et l’assommoir de la politique de hausse généralisée des prix ? Parce que Dassault n’est pas seulement le vendeur d’armes officiel et exclusif de l’Etat. Il préside l’un des puissants groupes d’information du pays, le Figaro.

Et là, ça plane plus haut que les ustensiles de combat de l’armée de l’Air ! Car le président des bombes volantes et du Figaro réunis éditorialise le 2 janvier dans les colonnes du très respectable organe du gouvernement.

 

1. Et c’est qui qui va nous sauver la France, hein ?

« Nous vous donnons toutes les informations possibles, en évitant les commentaires qui relèvent de la pure démagogie, totalement irresponsables, promettant n’importe quoi pour recueillir des suffrages »,

commence Monsieur le Président de la figaresque rédaction… pour terminer, de longues et laborieuses colonnes plus tard, par ces mots appelés à devenir immortels au firmament des grandes plumes de la presse nationale :

« Seul celui qui ne s’est pas encore déclaré, parce que encore (sic) président, sera crédible, car il est le seul à demander la mise en place immédiate de la règle d’or ; le seul à bien connaître notre situation financière ; le seul à pouvoir la régler par des mesures appropriées ; le seul à mettre en place les moyens nécessaires pour relancer notre croissance et réduire le chômage. Lui seul pourra sauver la France et les Français de la faillite ».

Non, il ne s’agit pas, après l’oraison funèbre à la gloire de Kim Jong Il, du discours à la gloire de son successeur. Il s’agit d’un PDG qui a fait de son glaive, non pas un soc de charrue, mais une plume aérienne pour l’un des quotidiens nationaux de référence. De révérence…

 

2. Ridicule ? Voire : le PDG parle au nom de sa - grande - classe

Avant le 18 janvier, sommet autoproclamé par le président sortant sur l’emploi, voilà les recommandations de l’avionneur-éditorialiste.

Fini, les aides à l’emploi.

« Pour réduire le déficit budgétaire, il faudrait supprimer toutes les aides à l’emploi… L’augmentation de 3 points de la TVA, qui est la principale source de nos revenus fiscaux (137 milliards d’euros), rapporteraient 20 milliards et réduirait d’autant notre déficit. »

Les 39 heures, en attendant plus d’horaire légal.

« … revenir immédiatement aux 39 heures légales, même si on supprime l’horaire légal plus tard… »

Supprimer les cotisations patronales à la Sécurité social

« …il faudra réduire nos charges sur salaires en supprimant les charges de financement de la Sécurité sociale… »

Fin du CDI, pour des contrats flexibles.

« Seul le retour à une certaine flexibilité, représentée par des contrats de mission, pourra faciliter les embauches. On comprend facilement qu’une entreprise embauche quand elle a du travail, mais elle est obligée de licencier si elle perd des commandes, sinon c’est l’ensemble du personnel qui risque le chômage par la mise en faillite de l’entreprise, et cela est déjà arrivé. »

Non, sans déconner ? Et pourquoi, s’il vous plaît ?

« Depuis 1945, les syndicats et la gauche ont cru qu’il fallait ‘‘ tout faire pour empêcher les méchants patrons de licencier leur gentil personnel.’’ D’où les limitations à tous les emplois intérimaires ou CDD, considérés comme précaires (resic), et l’imposition des CDI, considérés comme ‘’garantie de l’emploi’’. Sans reconnaître que la seule garantie de l’emploi est la charge de travail et la compétitivité. »

Ce n’est pas parce que le niveau culturel s’élève au niveau de Tintin au pays des Soviets que le propos doit être méprisé. Il y a de la violence guerrière d’une droite chauffée à blanc chez cet homme.

La fortune ne doit plus être imposée du tout, sinon c’est le retour des soviets !

« Enfin, la suppression totale de l’Impôt sur la Fortune, avec amnistie générale (et remboursement rétroactif, non ? NDLR) permettrait à tous ceux qui sont partis - il y en a près de 10 000 – de revenir pour investir en France et non plus à l’étranger. Faire payer les riches ne fait qu’appauvrir l’économie et, quand ils seront tous partis, ils ne paieront plus rien, et on sera revenu à une économie communiste qui a si mal réussi à la Russie et à la Chine… »

Malgré l’aspect « brèves de comptoir » de l’édito à Dassault, 7 Jours préconise de le prendre au sérieux. Brèves de comptoir sans doute, mais celles des bistrots de Neuilly et des salons distingués de la grande bourgeoisie !

Dassault, l’un des hommes les plus puissants du pays avec Bolloré, Bouygues et les banquiers, reprend ce que recommandent les think tanks libéraux et les légions d’experts du gouvernement pour le 18 janvier. La naïveté du « journaliste » du jour sert à la lucidité dont nous avons besoin : le 18 janvier, Sarkozy avancera une batterie d’obligations pour les chômeurs sous peine de suppression des allocations, comme il tentera de se débarrasser du CDI. Dassault parle au nom de tous les siens.

A nous de parler plus fort ce 18 janvier. Pour que le marchand d’armes en soit pour un éditorial dont 7 Jours ne saurait trop le remercier, tant il a le mérite de dire tout haut ce que le Medef, l’UIMM et l’UMP avancent de façon feutrée.

 

7 Jours Filpac CGT spécial Dassault
n°186 – lundi 2 janvier 2012

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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 11:45
http://actualutte.info/wp-content/uploads/2011/12/p%C3%A9nibilit%C3%A9.pngSelon Les Echos, moins de 500 salariés ont pu partir en retraite à 60 ans pour cause de taux d’incapacité permanente d’au moins 10 %. On est très loin des affirmations d’Eric Woerth sur le le problème des salariés ayant eu une vie professionnelle très usante !
Souvenez-vous, c’était en mai 2010, Eric Woerth épaulé par Raymond Soubie, alors conseiller du Président, nommé entre temps au Conseil économique et social préparait les français au passage à 62 ans de l’âge légal de la retraite. Inquiets de la réaction des salariés, nos deux spécialistes mettaient brandissaient une contrepartie majeure : la prise en compte de la pénibilité.

Eric Woerth dans une interview au JDD expliquait d’ailleurs, qu’il prendrait : « (…) des mesures dans lesquelles sera privilégiée l’évaluation au cas par cas (…) nous allons vraiment prendre en compte la pénibilité alors que ce n’était pas le cas jusqu’à présent. Il y aura une véritable avancée dans ce domaine. Avancées que n’ont pas fait d’autres pays (…) »

Les Echos nous rappellent les conditions dans lesquelles un salarié peut demander son départ à 60 ans pour cause de pénibilité.

« Les assurés qui justifient d’un taux d’incapacité permanente d’au moins 20 % provoqué par une maladie professionnelle ou un accident du travail peuvent continuer à liquider leurs droits à 60 ans (…) Ceux qui souffrent d’une incapacité comprise entre 10 % et 20 % peuvent également faire une demande, mais la retraite à 60 ans ne leur est pas accordée automatiquement. Une commission pluridisciplinaire examine leur dossier. L’assuré doit avoir été exposé pendant au moins dix-sept ans à des facteurs de risque dont la liste est précisément établie (…) »

Or, si le gouvernement escomptait : « (…) jusqu’à 30.000 départs par an au titre de ce dispositif, qui est entré en vigueur le 1 er juillet dernier (…) » Les chiffres officiels de mi octobre 2011 sont sans appel : (…) seules 1.338 demandes avaient été déposées, dont seulement 377 pour des incapacités comprises entre 10 % et 20 % (…) Parmi les demandes traitées, 466 départs à 60 ans ont été accordés (…) »

Si du côté gouvernemental, on préfère justifier ce nombre ridicule, par le manque d’information des salariés, du côté de la CGT on est plus réaliste : « (…) de nombreuses personnes qui ont eu des carrières pénibles ne sont plus en activité à 60 ans mais au chômage, en invalidité ou aux minima sociaux. »

Autre volet de la pénibilité, fixée par la loi du 9 Novembre 2010 sur la réforme des retraites : Celui qui prévoyait : « (…) que les entreprises d’au moins 50 salariés, dont au moins 50 % des effectifs sont exposés à certains facteurs de risques, doivent être couvertes par un accord ou un plan d’action de prévention de la pénibilité »

S’il a donné naissance à un site web : « Travailler mieux – la santé et la sécurité au travail », opulent en termes de textes et données , il faut savoir qu’il était censé se préoccuper de la prévention de la pénibilité. Or, les branches professionnelles avaient jusqu’au 31 décembre de cette année, pour négocier entre partenaires sociaux des accords sur la prévention de la pénibilité.

Où en est-on ?

Selon un autre article des Echos : « (…) Deux types de pistes ont été proposées par le patronat : d’abord l’étalement de la disparition des primes de pénibilité lorsqu’un salarié prend un poste classique (…) Ensuite, la possibilité de convertir des primes en temps, à prendre dans l’année ou en fin de carrière pour avancer l’âge du départ en retraite (…) » Ce qui, expliquent les syndicats, existe déjà dans plusieurs entreprises ou branches. En bref, on tatônne … sans plus !

Néanmoins, les millions de salariés en activité doivent savoir qu’en cas d’échec des négociations de branches, l’avenir de la prévention de la pénibilité relèverait des entreprises. D’où une grande disparité de situations à prévoir !

Mais que se passerait-il si les entreprises à leur tour, trainaient les pieds ?

Et bien, si le gouvernement avait la moindre idée de mobiliser ses troupes pour contrôler la mise en place des accords, la sanction serait terrible, puisque : « (…) les entreprises ont de toute façon six mois pour se conformer à leurs obligations (…) »

Nul doute que les salariés apprécieront, à juste titre la : « véritable avancée » mise en place par Eric Woerth et l’UMP …

http://actualutte.info/2011/12/28/reforme-des-retraites-retour-sur-%C2%AB-lescroquerie-%C2%BB-de-la-penibilite/

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 11:51

A chaque course à la présidentielle c’est la surenchère, surenchère à l’insécurité, à l’immigration, mais surenchère à la « réindustrialisation made in France », on ne nous l’avait pas encore fait ! Tous les candidats dénoncent les centaines de milliers d’emplois industriels perdus à cause de la crise. Ils ont la mémoire courte car les délocalisations ont commencé bien avant la crise, et plutôt à cause des actionnaires qui réclament des dividendes de plus en plus élevés.

La seule sincère motivation de Nicolas Sarkozy, c’est l’imminence de la présidentielle et des législatives. Car il y a peu, condamner la désindustrialisation ou les délocalisations au sein de l’UMP était tout bonnement impensable pour ne pas dire interdit. D’ailleurs il n’y a pas si longtemps, le discours était plutôt : « Quant à acheter français, il faut utiliser l’expression avec tact et modération (…) La France est quatrième exportateur mondial, deuxième exportateur européen, nous ne pouvons pas prétendre vendre des locomotives, des trains, des centrales nucléaires, des avions, des produits de luxe… en donnant l’impression d’être frileux et protectionnistes « 

Mais subitement le Président s’est rappelé qu’il aime les usines, et qu’il est préoccupé par les problèmes des salariés. Il ne faut pas que le vote ouvrier lui échappe, il a tellement fait pour eux depuis 5 ans : huit millions de pauvres, trois millions de précaires, trois millions de temps partiels, cinq millions de chômeurs, et des salaires de misère pour la grande majorité. Espérons qu’ils lui en seront reconnaissants !

Nicolas Sarkozy a lancé le slogan « produire en France » en insistant sur le lieu de fabrication d’un produit plutôt que sur sa nationalité, pour contrer « l’acheter français », de François Bayrou, « le patriotisme industriel » de François Hollande et la loi que promet Marine Le Pen sur ce sujet, avec l’ambition de créer 500.000 emplois industriels en cinq ans. Lequel promettra le premier le « million d’emplois » ? Ce n’est sans doute qu’une question de temps !

Le « made in France » c’est bien, mais le public le plus sensible à ce genre d’argument est un public plutôt âgé, les jeunes sont clairement dans la mondialisation, on les a nourri à la « mobilité ». Deuxième point, les consommateurs intéressés par les produits fabriqués en France sont de la classe moyenne supérieure, les plus riches n’y apportent pas spécialement d’importance, et les plus pauvres regardent avant tout le prix.

Enfin, acheter des produits de qualité et faits entièrement en France, c’est très bien, mais pour ça il faut un bon salaire et redonner aux gens du pouvoir d’achat. Ce qui veut dire que le gouvernement de N. Sarkozy a fait fausse route depuis cinq ans. Au lieu d’imposer l’austérité, faire des cadeaux aux plus riches et aux banques, il aurait dû augmenter les salaires et assurer une meilleure protection sociale à l’ensemble de la population. Ou alors, pour que les produits made in France soient compétitifs, il pense diminuer les cotisations des entreprises, diminuer les salaires, augmenter les horaires et introduire aussi plus de flexibilité.

La note sera dans ce cas payée par les salariés alors que les délocalisations n’ont été justifiées que pour satisfaire l’appétit des grands actionnaires et des grandes familles capitalistes françaises dans la recherche effrénée du profit maximum. En même temps il ne faut pas s’affoler, ce ne sont que des thèmes de campagnes électorales, et ça n’a rien à voir avec ce qu’ils pensent vraiment !

Article original sur Conscience Citoyenne Responsable

http://2ccr.unblog.fr/2011/12/14/le-%C2%AB-produire-en-franc...

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 11:49

Lors de son discours d’investiture en janvier 2005, George W. Bush a prononcé 40 fois le mot « liberté ».

Lors de son discours inaugural de campagne, en novembre 2011, Marine Le Pen a prononcé 48 fois le mot « peuple ».

A ceux qui croient que ces répétitions révèlent la préoccupation première de ces lascars, rappelons ce mot de Noam Chomsky : « La communication est à la démocratie ce que la violence est à la dictature ».

 

Théophraste R. (Chef du service « Déguisement des loups » au Grand Soir).

 

PS. Dans le discours cité, la châtelaine de Montretout, héritière et fille de son papa, a prononcé une fois le mot « ouvrier » et zéro le mot « syndicat ». Sans doute pour ne pas se répéter car, le 22 octobre 2010, lors des manifestations contre la « réforme » des retraites, elle s’était positionnée :

« Le gouvernement doit cesser de jouer avec le feu avec la complicité des syndicats et rétablir immédiatement l’ordre républicain partout. La tolérance zéro doit s’appliquer à tous les émeutiers… »

Complices, syndicats, feu, émeutiers, ordre, tolérance zéro , c’est beaucoup d’indices en deux petites phrases d’avant la campagne.

 

http://www.legrandsoir.info/+bush-le-pen-liberte-peuple-dictature+.html

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