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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 08:52

Une vieille idée, remise au goût du jour, et aussi insidieuse qu’abjecte, tend à contaminer les esprits : l’accroissement de la population mondiale et la diminution des réserves de ressources naturelles menacent de concert l’équilibre planétaire. En d’autres termes, la planète va mal, et cela est le résultat d’une surpopulation mondiale. Cette idée n’est pas neuve, et fût pour la première fois formulée par le britannique Thomas Malthus, à la fin du XVIIIème siècle. Les récentes préoccupations écologiques ont redonné de l’actualité à cette idée qui tend à devenir un axiome populaire, malgré son caractère dangereux.

A l’origine, Thomas Malthus est un économiste, et développe cette théorie selon laquelle la pauvreté et la malnutrition ne sont pas liées à un système de protection sociale défaillant mais à une surpopulation qui devrait être régulée en fonction de la capacité de chaque individu à assurer sa subsistance. Dans son Essai sur le Principe de Population (paru en 1798), il écrivait ainsi :

« Un homme qui naît dans un monde déjà occupé, si sa famille n’a pas les moyens de le nourrir, ou si la société n’a pas besoin de son travail, cet homme, dis-je, n’a pas le moindre droit de réclamer une portion quelconque de nourriture : il est réellement de trop sur cette terre. Au grand banquet de la nature, il n’y a pas de couverts pour lui. »

Ainsi, la valeur d’un homme se mesure à l’aune de la « quantité de travail » qu’il peut fournir. S’il s’avère que cet homme « est un poids pour la société, » sa disparition est souhaitable et « logique ». Il va de soi que ce raisonnement s’en prend directement aux catégories les plus pauvres, qui seraient responsables, de par leur prolifération, de leurs malheurs. Cette idée inspira directement ce que l’on nomme le « darwinisme social », concept politique érigeant le principe de sélection naturelle comme seule loi entre les hommes. La société humaine aurait alors pour principe de s’améliorer, non par la coopération des hommes entre eux, mais par le résultat de leurs conflits incessants d’où émergeraient « naturellement » les plus forts face aux plus faibles, les dominants face aux « inaptes ». Il est évident que l’ensemble de ces doctrines vont frontalement à l’encontre de l’effort de civilisation, promettant la sauvagerie eugéniste comme perspective, le conflit entre les hommes comme seul facteur de progrès, la mort comme politique publique.

La résurgence de ces thèmes représente une menace pour l’ensemble de l’édifice civilisationnel qui se fonde sur la coopération humaine plutôt que sur l’affrontement inter-individuel. Ces thèses sont une menace, non parce qu’elles se fondent sur un raisonnement valide ou rationnel – ce n’est pas le cas – mais parce qu’elles excitent les instincts sado-masochistes des masses, instincts sous-jacents mais toujours agissants. Mais surtout, elles constituent un écran de fumée idéologique, servant à occulter habilement la réalité coupable d’un capitalisme intrinsèquement destructeur.

Le malthusianisme moderne n’est donc rien de moins que l’alibi démographique d’un système économique défaillant. La menace qui pèse sur la biosphère est réelle. Mais elle n’est pas imputable à l’espèce humaine, mais à un mode de production qu’elle a généré et dont elle peine maintenant à se débarrasser. Le problème n’est donc pas démographique, mais essentiellement politico-économique, et c’est cette réalité que cherchent à cacher les tenants de la « dénatalité » qui feignent d’ignorer la responsabilité immense du productivisme capitaliste, et de la logique de croissance économique qui condamne l’ensemble des sociétés modernes à la guerre et à l’extinction.

Vincent Vauclin

 

 

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